Intro
Sara : Matteo Desii… Tu ne serais pas italien toi par hasard ?
Dès les premières minutes de notre rencontre, Sara me fait bien rire.
Effectivement, nous sommes tous les deux italiens et avons des attaches en Toscane, région dans laquelle j’ai grandi et elle a fait ses études. Ma curiosité est piquée : je me demande par quel hasard elle s’est intéressée à la brasserie artisanale… au point d’en faire son métier.
Comment une italienne devient co-gérante d’une brasserie bretonne ?
S : Aha, c’était toute une aventure !
J’ai travaillé pendant une quinzaine d’années dans le milieu de la navigation par satellite, à Toulouse. C’était un bon poste avec un bon salaire, mais je sentais qu’il me manquait quelque chose.
J’avais envie de me reconnecter à la nature et avoir un emploi du temps plus souple. Mais par-dessus tout, je voulais travailler sur quelque chose de concret.
Après une longue réflexion, j’ai quitté mon poste et je me suis inscrite à un cours diplômant, un BPREA. J’ai fait quelques stages et j’ai commencé à identifier le potentiel de la filière du houblon français. Il y avait un certain engouement autour de ce produit et pas encore beaucoup de producteurs. En même temps, une idée de brasserie artisanale commençait à germer dans la tête de mon compagnon. Mais pour tout ça, il fallait d’abord trouver le lieu idéal.
Une installation compliquée
S : Nous avons choisi la Bretagne car c’est un choix de cœur, mais aussi car – selon moi – le projet avait sa place dans cette région. Sauf que c’était extrêmement difficile d’être prise au sérieux : malgré le business plan solide et une réelle implication de notre part, les portes étaient fermées. Mon dernier recours était donc d’envoyer une lettre à toutes les mairies du pays bigouden et – heureusement – nous avons enfin eu une réponse positive.
C’est la mairie de Penmarch qui nous a invité à les rencontrer et qui a mis à disposition tous les moyens possibles pour qu’on puisse lancer notre projet. Ils avaient vraiment envie de faire quelque chose de bien.
Nos premières bières ont vu le jour en 2019.
À quel moment vous avez compris qu’il fallait combiner houblonnière et brasserie ?
S : Nous avons compris très tôt que la taille du terrain allait nous empêcher d’être rentables uniquement avec le houblon. Nous avons donc fait appel à un cabinet comptable pour valider ensemble un business plan de brasserie.
En suite, comme tout bon ingénieur, j’ai passé de nombreuses heures sur le benchmark qui allait précéder l’achat de notre matériel de brassage. Je suis assez fière de cette partie parce que nous avons trouvé une perle rare, en Italie, qui était méconnue à l’époque et qui cartonne aujourd’hui. Je ne pensais pas trouver ce genre de service dans mon ancien pays, nous sommes très contents de ce choix.
On voulait 3 choses : des bières simples,
contemporaines et en canette.
Comment avez-vous convaincu votre public ?
S : On incite nos clients à moins boire, mais à boire mieux : gouter quelque chose de bon, d’original…
et varier les plaisirs.
On s’adresse à un public qui ne connait pas encore (bien) la bière craft, donc on lui propose quelque chose de proche de ce qu’il a l’habitude de consommer, mais avec un truc en plus. Et ce qui est magique, c’est qu’une fois qu’ils sont initiés, ils ne reviennent pas en arrière.
Certains vont tester la Pale Ale et rester sur elle, d’autres vont être plus courageux et découvrir petit à petit toute la gamme.
Découvrez la gamme sur le site web :
Merlin.beer
Gamme permanente, éphémère ou un entre deux ?
S : Chaque année, on se dit qu’on doit se calmer sur les éphémères, et chaque année, on finit quand même par sortir une dizaine de nouveautés. La gamme permanente compte 17 bières. On s’est donné comme objectif de rester au tour d’une quinzaine de permanentes. Certaines sont là depuis le début, d’autres sont arrivées plus tard, mais on cherche à maintenir un équilibre entre styles classiques (Pale Ale, Stout, IPA classique) et ceux plus modernes (Smoked IPA, Kveik IPA, Double IPA, Sour, Neipa).
Quelle est votre position par rapport au bio et au local ?
S : Dans la mesure du possible, nous aimons travailler avec des fournisseurs bio et/ou locaux. En revanche, pour certaines recettes, cela n’est pas toujours possible. Nous ne souhaitons pas brider notre créativité pour autant, nous n’avons pas d’obligations. Nous faisons le choix de nos matières premières en fonction de ce qui nous permettra d’obtenir la meilleure bière possible.
Les étiquettes sont dingues,
tu peux nous en parler ?
S : On travaille avec un artiste Mexicain, qui s’appelle César Santillan et fait de l’art digital, à cheval entre rétro et moderne. On aime beaucoup son style et on trouve qu’il y a une cohérence entre ce qu’il se passe en dehors de la canette et dedans.
M : Pourquoi investir autant dans le design de votre produit, cela ne coute pas trop cher ?
S: On trouve que « faire du beau » ça ne coute pas beaucoup plus cher que « faire du moche ». De plus, et tu seras d’accord avec moi ayant habité en Toscane, quand tu es entouré d’art, de beaux monuments, de beaux paysages, la vie est plus agréable à vivre. Le côté esthétique a son importance. On le consomme avec plus de plaisir quand il n’est pas seulement bon, mais aussi beau. Et puis on passe beaucoup de temps à prendre soin de la qualité de ce qu’il se passe à l’intérieur de la canette, on voulait que l’extérieur soit à la hauteur aussi.
Tu peux boire du vin bon marché tous les jours, ou te faire plaisir avec une bonne bouteille de temps en temps. Pour la bière, c’est pareil.
On fait un produit qui est fait pour être dégusté.
Retrouve la brasserie Merlin
Merlin Brewing Company
4 impasse Ru Land,
Penmarch 29760
