Première question, comment est née la brasserie ?
C : C’était en 1996, elle est née d’une idée de mon père, après dix ans de carrière dans les ressources humaines, il a voulu expérimenter autre chose. Il y a 30 ans, la reconversion, c’était hyper original. Tout le monde le prenait pour un fou. Ce qu’il voulait faire, c’était une activité artisanale, où il maîtrisait tout, du produit jusqu’à la vente. Ayant grandi dans le Nord, la bière, c’est venu assez naturellement. Mais, comme il dit, s’il avait grandi dans une région viticole, il serait peut-être devenu vigneron viticulteur. Avec ma mère, ils ont cherché une bâtisse qui pouvait accueillir à la fois la maison familiale et la brasserie et ont fini par trouver ici, à Esquelbecq.C’était compliqué au démarrage ?
C : Comme il ne connaissait pas vraiment ce milieu, il a demandé de l’aide aux autres brasseurs, de la région, mais aussi de Belgique. On lui conseille d’avoir sa propre souche de levure. C’est pour cette raison qu’il se tourne vers l’Institut Meurice à Bruxelles. C’est ainsi que la première bière de la brasserie voit le jour : la blonde d’Esquelbecq, qui est toujours notre première vente et qui a toujours la même recette depuis 96. C’est une blonde assez simple : du malt d’orge pilsen, donc pâle, du houblon Saaz et notre levure.Votre levure ?
C : C’est une levure qui est exclusive à la brasserie. Elle est conservée à l’Institut Meurice, mais nous sommes les seuls à pouvoir l’utiliser.
Elle a été choisie à la création de la brasserie, avec cet institut qui est centenaire et très reconnu. Mon père a réalisé un brassin pilote qu’il a fait fermenter avec trois levures différentes et c’est elle qui a été choisie, au nez.
C’est cette même levure qu’on utilise encore aujourd’hui, 30 ans plus tard, dans toutes nos bières.
Comment s’est passé ton entrée dans la brasserie ?
C : C’était en 2014. Je n’étais pas du tout prédestinée à bosser ici, ça ne m’intéressait même pas plus que ça d’ailleurs.
Mais mon père commençait à avoir beaucoup de sollicitations pour vendre les bières et pour représenter la brasserie dans les festivals et autres évènements. Ils étaient débordés.
J’ai filé un coup de main pendant l’été, ça m’a bien plu. Mon père n’avait pas le temps de s’occuper de tout, de développer l’image, la com’. Rien que de répondre de manière qualitative aux mails ou au téléphone aux gens qui nous sollicitaient, ça ne rentrait pas dans son agenda.
C’est comme ça que j’ai démarré et,
finalement, je ne suis jamais repartie.
Comment évolue votre activité aujourd’hui ?
C : La brasserie ne s’est pas éloignée de son ADN initial, mais elle a beaucoup évoluée. C’est un lieu de vie et de production. On accueille du public à la boutique, on fait des visites, des soirées concert.
Mon père a commencé en faisant 600 hectos annuels les premières années, fin 90. Aujourd’hui, on est sur 2500. Sur 30 ans, ou presque, c’est pas si énorme.
Pendant la période de boom, on était tout le temps en rupture de tout. Mais on a gardé notre cap en se disant : « Ce n’est pas grave, c’est comme ça qu’on souhaite la brasserie ». On veut une petite brasserie, une petite équipe avec un volume restreint.
Aujourd’hui, la situation économique est plus tendue et finalement ce choix de rester « petits » se révèle plus adapté au marché.
Par rapport à la concurrence qui a augmenté, vous avez fait quelques ajustements ?
C : Même avec nos 30 ans d’activité, on voit qu’il y a encore plein de gens autour de nous qui ne nous connaissent pas. On a limité les festivals, on n’a jamais démarché, on n’a pas vraiment eu de commercial, donc c’est normal. Aujourd’hui, face aussi à la concurrence, on questionne ce choix. On commence à se montrer un peu plus, notamment sur les réseaux. (Les liens vers les réseaux de la brasserie sont en bas de page, ndr)
Notre priorité reste celle de faire de beaux produits, des produits qu’on aime boire. Mais on veut monter un peu en visibilité, perdurer dans le temps, tout en restant indépendants et à la taille qui nous convient.
C’est quoi ton plus grand accomplissement au bout de 11 ans à la brasserie ?
C : Même si ça ne fait qu’un an, c’est la reprise.
Je trouve que la transition s’est bien faite avec les collègues, qu’il y a une bonne synergie dans la brasserie. C’était ma plus grande inquiétude avec le départ de mon père et je pense que, pour l’instant, c’est assez réussi.
Ce dont je suis super fière aussi, et c’est grâce au boulot de Yann, c’est qu’on a une bonne synergie avec le village. Avant, les gens ne nous trouvaient pas forcément en pression dans les établissements du village. Maintenant, si. Restos ou cafés, on nous trouve en pression ou en bouteille. C’est vraiment bien. Au niveau des assos, c’est pareil. On travaille avec le foot, avec toutes les assos diverses et variées. C’est une belle réussite !
J’ai envie que la brasserie reste un peu cachée, que ça soit la bonne adresse, celle dont tu parles à tes amis, à tes proches.
M : On se connait un peu, maintenant, et j’ai l’impression que l’ADN de Thiriez, c’est de se renouveler constamment, qu’en penses-tu ?
C : Je suis plutôt d’accord. On a envie de se sentir très libres dans les recettes qu’on fait et aussi dans les graphismes. On n’a jamais fait les choses, que ce soit les recettes ou les visuels, juste pour que ça plaise.
On a toujours fait les choses pour nous en pensant que c’était beau, que ça avait du sens et que c’était bien. Dernièrement on a travaillé avec des fleurs de sureau fraîches. J’ai une copine qui fait de l’aquarelle, ça me semblait évident de lui demander de faire l’étiquette, parce que c’était floral.
C’est souvent une histoire de moments, de timing, de rencontres, d’envie, d’idées. On a travaillé aussi avec les buveuses de bière, on a fait une ESB (Extra Spécial Bitter) : La Lucifière.
Les « buveuses de bière », ça s’est fait comment ?
C : Ce sont les membres du bureau qui m’ont contactée aussi parce qu’elles aimaient bien notre travail autour des poivres. Ça m’a tout de suite branchée, et j’étais hyper fière, parce qu’il y a des amatrices de bière, mais aussi de grandes professionnelles. Elles m’ont demandé deux recettes. J’ai eu assez vite les idées. J’avais fait il y a quelque temps une bière à la clémentine. Je me suis dit que je pouvais proposer une réédition de cette bière, mais avec un twist, propre à leurs choix, à leurs envies.
C’était vraiment chouette, une belle collaboration.
Elles sont venues à la brasserie à une quinzaine, il y en a qui ont traversé la France pour venir au brassin.
Pour le nom, Lucifière, elles ont fait un petit brainstorming le jour du brassage. Elles ont proposé chacune des noms et après, il y a eu un vote.
Et, l’étiquette, c’est Laurine de Novapinte.
Parle-moi aussi des bières vieillies en barrique, c’est un marché de niche ?
C : Oui, et c’est mon père qui a eu l’idée.
Il avait acheté des barriques de Côtes-du-Rhône et d’autres vins rouges. Il a fait vieillir une bière noire, qui a donné la Vieille Brune. Pendant plusieurs années, on l’a commercialisée et elle a trouvé son public. On en a même exporté aux États-Unis.
En 2025, nous avons décidé de moderniser les étiquettes et de leur donner une nouvelle identité. Nous avons mis en bouteille la Rouge Sauvage et la Foudre, qui viennent de notre Rouge Flamande et de la Maline.
Actuellement, on a deux bières en cours de vieillissement, dans des petites barriques de bourbon américain et de gin.
Les étiquettes de la gamme ont été réalisées
par mes soins, plus d’infos ici
Des envies pour le futur ?
C : On rêve d’avoir dans notre gamme permanente une petite IPA, assez fidèle à ce qu’on a fait dernièrement avec la micro Dalva. On aimerait beaucoup la brasser toute l’année. Pour l’instant, on manque de temps. C’est ça la contrainte de rester petit.
Des fois, tu fais une super bière et tu vends tout au bout de deux semaines. Tu n’as même pas eu le temps de te mettre une bouteille à la cave. Du coup, on retourne chez nos clients racheter nos propres bouteilles.
Un grand merci à Clara, Yann et toute l’équipe Thiriez pour l’article et les bonnes bières.
N’hésitez pas à les suivre sur instagram ou aller visiter la brasserie, toutes les infos sont ci-dessous
Retrouvez la brasserie Thiriez
Brasserie Thiriez
2 B, Rue du Vert Vallon,
59470 Esquelbecq
