Une heure avec

Thibaut, brasserie Dalons

par | Interview

Intro

La brasserie Dalons, c’est une brasserie artisanale implantée sur l’île de la Réunion, dans l’océan Indien, à 13 000 km de la métropole. Récemment, ils ont beaucoup fait parler d’eux avec Fleur jaune, une souche de levure 100% réunionnaise qui a donné la vie à plusieurs brassins collaboratifs. 

l'ile de la reunion

Est-ce que c’est compliqué
de produire de la bière
réunionnaise ?

Thibaut : Effectivement, ce n’est pas super simple.

La Réunion est très dépendante de l’extérieur.
Toutes les matières nécessaires à la création d’une bière sont importées par voie maritime (sauf l’eau).

Sur l’ile, nous avons 80 microclimats.
En théorie, tu peux faire pousser plein de choses, mais le plus compliqué, c’est d’avoir des plantations qui résistent dans la durée. Aujourd’hui, il n’y a quasiment plus que la canne à sucre qui est cultivée. 

Nous avions pour projet de produire des bières 100% réunionnaises, mais comme tu peux l’imaginer, c’est un défi qu’on a eu du mal à relever.

Faire une bière 100% locale, c’est important pour toi ?

T : Oui, on aimerait proposer une bière avec un faible impact carbone et en même temps pouvoir dire que c’est une bière vraiment réunionnaise. Ne pas juste ajouter quelques fruits et épices, mais avoir du houblon d’ici et de la levure locale. Nous avons donc travaillé sur ces deux projets.

Pour le houblon 
Nous avons fait un premier test en mode brassin collaboratif. J’ai distribué des rhizomes de houblon aux personnes intéressées et en échange, elles m’ont donné les fleurs de houblon. Le résultat n’était pas des meilleurs en termes de quantité, mais nous avons quand même réussi à faire un petit brassin très sympa.
Pour avoir plus de volume, on aurait aimé trouver un agriculteur intéressé par notre projet. Sauf qu’ici comme ailleurs, les agriculteurs n’ont pas beaucoup de revenus. C’est compliqué de leur demander de mettre à disposition une parcelle de terrain pour une expérience.

Pour la levure
On a découvert une levure sauvage sur une plante endémique de La Réunion : la fleur jaune des hauts. Grâce à notre laboratoire en interne, on a pu récupérer une colonie de cette levure et l’identifier comme une espèce de Saccharomyces cerevisiae. C’est une levure utilisée par les brasseurs. Après l’avoir reproduite dans notre labo et quelques mois de recherche, nous avons pu faire 3 brassins avec et sortir une bière appelée : Fleur Jaune. 

Vous allez commercialiser cette levure ?

T : Nous avons fait quelques collabs avec des brasseurs de métropole pour tester la levure, pour voir son comportement avec d’autres méthodes de brassage. On a travaillé avec la Brasserie Popihn, la Brasserie du Comté et la Bière de la Rade.
La dernière en date a été avec Piggy.

L’engouement est là, on est contents. Maintenant, on réfléchit à savoir si un marché existe pour éventuellement une future commercialisation de cette levure 100 % réunionnaise. 

la fleur jaune

La fleur jaune en question

T : Je n’ai pas juste envie d’utiliser le « local » comme prétexte marketing : j’aimerais vraiment proposer une bière dont un des ingrédients principaux vient d’ici. Mais c’est un défi de taille

les 3 dalons

De gauche à droite : Joris, Thibaut et Jonathan

C’est quoi l’histoire
de la Brasserie Dalons ?

T : Notre histoire, elle est dans le nom : Dalons.
En réunionnais, ça signifie potes. Et c’est ce que nous sommes, 3 potes qui, un soir, dans un bar à bières à Montpellier, ont décidé de tout quitter pour partir brasser à la Réunion. 

Jonathan est réunionnais. Il est venu faire ses études en métropole, comme beaucoup de jeunes, puis il est rentré chez lui. Joris et moi l’avons suivi en 2018 pour installer notre brasserie dans le garage de ses parents. Au début, on vivait tous chez eux, ils nous ont accueillis comme si on était leurs enfants.

C’était facile de vous implanter en tant que brasserie artisanale ?

T : Quand on a démarré, en 2018, il n’y avait que 2 brasseurs artisanaux sur l’ile, un qui brassait sur des petits volumes à la plaine des palmistes et un autre implanté depuis plus longtemps qui brassait des bières plus conventionnelles.

On a eu la chance d’avoir un peu de succès relativement vite et ça a donné envie à d’autres brasseurs de tenter leur chance : aujourd’hui, il y a une quinzaine de brasseries artisanales réunionnaises. Le boom de la bière artisanale qui a eu lieu en France il y a 5-10 ans est arrivé plus tard à La Réunion, c’est souvent comme ça que se passe, il y a un peu de décalage.

Bar Dalons - St. Gilles

Du coup, pas trop de concurrents ?

A : Non, je pense qu’on a encore assez de place. Notre principal concurrent, c’est Dodo : une bière industrielle qui se vend ici depuis 30 ans. Ils sont très présents en grandes surfaces et dans les bars. 

C’est dur de les rivaliser, car ils ont des gros moyens et mettent en place des contrats brasseurs, mais on a quand même réussi à proposer le même service dans certains bars, ou nous installons nos tireuses et nos futs.

En parallèle, ça nous a aussi donné envie d’ouvrir notre propre bar à St. Gilles (photo), dans l’ouest, avec 10 becs pression, et il fonctionne plutôt bien.

Comment est venue l’idée d’internaliser le laboratoire ?

T : J’avais embauché Nikolaï en tant qu’alternant pour faire du contrôle qualité, mais il avait besoin d’un certain type de matériel pour pouvoir continuer à s’épanouir dans ses missions. 

Je viens d’une famille de chimistes et donc j’ai moi-même cette culture du laboratoire : de la qualité et du contrôle. Finalement, la bière, c’est aussi des maths et de la chimie ! 

Il faut être ultra-carrés dans le process de fabrication si on veut éviter les infections, donc dans l’optique de notre croissance et pour maintenir un certain niveau de qualité, c’était important à mes yeux d’investir là-dedans.

labo dalons
gamme permanente bière Dalons

Tu nous parles de la gamme ?

T : Nous avons 8 bières permanentes que l’on vend en fût, en bouteille de 33 ou 75 cl.

  • Une blonde
  • Une bière à la baie de Timut
  • Une IPA
  • Une Strong IPA 
  • Une blanche 
  • La « Dalones » bière au goyavier et à la framboise
  • Une triple type belge
  • Une Stout

On travaille aussi sur des éphémères. On en sort une à deux par mois. Sur ces brassins, on tente des recettes avec plus de fruits comme mangue, passion, ananas, plus de houblons, plus pimentées… On a dû créer une centaine d’éphémères depuis nos débuts. 

Ça fait beaucoup
d’étiquettes à créer !

T : Oui, on a décidé d’internaliser. Le prix de la bière est déjà assez élevé à la Réunion à cause des produits importés. Alors, pour ne pas augmenter encore le coût, on fait les étiquettes nous-mêmes, sans passer par un.e graphiste. J’ai appris sur le tas, j’utilise principalement Affinity et Illustrator.

J’ai commencé par faire notre logo actuel avec en élément principal le phare Sainte-Suzanne. Les étiquettes tournent toutes autour de lui. On voulait des étiquettes assez graphiques et épurées.

Par contre, pour la bière Fleur Jaune, on a voulu marquer le coup, c’est une bière qui nous tient particulièrement à cœur et on a fait appel à une artiste locale, qui a fait du magnifique travail.

zoom etiquette fleur jaune

Retrouve la Brasserie Dalons

 

Brasserie Dalons 8 rue André Lardy 97438 St-Marie, ZA La Mare

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