Une heure avec

Morgane et David, Les Alchimistes Ivres

par | Interview

À la base, l’histoire devait rester modeste : trois amis, une pico-brasserie montée dans un garage, et des bières partagées entre passionnés de jeux de rôle. Mais le destin en a décidé autrement. En moins de deux ans,
Les Alchimistes Ivres sont passés d’un brassin amateur à une brasserie reconnue sur les festivals fantastiques et les caves spécialisées partout en France.

L’équipe des Alchilmistes Ivres, brasserie artisanale à Broons, posant dans leur salle de brassage avec leur prix du Béthune Beer Show 2025.

On dit souvent que les grands projets naissent d’une petite idée. C’était le cas pour vous ?

Morgane : Complètement. Tout a commencé derrière un écran, sur The Elder Scrolls Online, un jeu de rôle en ligne. On a rencontré Charly là-bas, puis on a gardé contact jusqu’à se voir en vrai. Un soir, il débarque avec une stout brassée maison… Le niveau était dingue. On s’est dit :« Et si on essayait d’en vendre une ? »

David : L’idée de départ était simple : proposer quelques bières en complément, glissées dans des box à thème médiéval-fantastique et via un peu de vente en ligne.

À la base, on devait juste brasser dans notre garage…

D : On avait déjà une petite communauté grâce à nos métiers d’artisans – moi verrier, Morgane tisserande médiévale – on vendait nos productions sur fond de toile fantastique médiéval. Ça nous a semblé naturel de mettre ce réseau à profit.

M : On a lancé un crowdfunding. On visait un coup de pouce, on a récolté 12 000 €. Dans la foulée, une brasserie nous a ouvert ses cuves pour trois mois d’immersion. À ce moment-là, on a quitté nos jobs. Tout s’est enchaîné : investissement dans notre propre salle, 6 fermenteurs, et en deux ans, 330 hectos produits. La brasserie est officiellement née en mars 2023.

Membre de la brasserie Les Alchimistes Ivres à Broons, en train d’embouteiller des bières artisanales sur la ligne de production.

Comment s’est passée votre entrée dans l’univers craft ?

M : C’est fou de se dire qu’aujourd’hui, on prend le petit-déj avec Mogwaï  comme si on se connaissait depuis toujours. Alors qu’au départ, on les regardait de loin, admiratifs, avec ce fameux “syndrome de l’imposteur”. En mettant les pieds dans l’univers du craft, on a découvert un univers hyper bienveillant.

D : Tout le monde reste humble. Les infos circulent, les conseils aussi. On partage parce qu’on est tous passionnés. Personne n’a le melon. Et c’est un vrai plaisir d’aller en festival et de se retrouver entre “confrères”.

Vous êtes très présents sur les festivals. Pourquoi ce choix ?

D : Les festivals, c’est notre terrain de jeu. On venait déjà de l’univers médiéval et fantastique, alors on savait qu’on devait créer un stand immersif. Pas juste poser des bouteilles. On amène des lanternes, des caisses en bois, du lierre… On voulait que les gens comprennent qui on était avant même de goûter nos bières.

M : Il n’y a pas que le produit. C’est aussi l’univers qu’on a créé autour. C’est ça qui embarque les gens, et ça nous a vraiment démarqués.

Notre premier grand test, c’était la
Fête des Remparts à Dinan, en 2023. Nos premières bières venaient à peine de sortir, et on a tout de suite eu un retour hyper positif. C’est là qu’on a compris qu’on avait mis le pied sur un chemin beaucoup plus grand que prévu.

Stand médiéval-fantastique de la brasserie Les Alchimistes Ivres lors d’un festival de bière artisanale, décoré de bois, lanternes et bouteilles.
L’équipe de la brasserie Les Alchimistes Ivres posant dans leur salle de brassage, devant les cuves inox, à Broons.

Et aujourd’hui, qui compose la brasserie ?

M : Nous sommes 4 associés : David, Charly, François et moi.
Je gère la com’, le marketing, les illustrations. David la partie commerciale, la gestion du quotidien et la partie RH. François pilote la logistique et la stratégie financière à long terme. Charly reste associé, même s’il ne brasse plus.

On a aussi deux salariés : Victor, qui adore travailler sur des bières houblonnées, et Damien, plus branché univers automne/chocolat, comme moi. Et un alternant qui complète l’équipe. Ça fait un équilibre créatif intéressant.

Parlons bières. Quelle est la gamme aujourd’hui ?

M :Au début, on ne voulait faire que de la bière noire (oui, challengeant). Aujourd’hui, on a 8 permanentes : 3 brunes (une Oatmeal Stout, un Porter fumé et une Black IPA). À côté, on a élargi la gamme avec une French Pale Ale, deux Amber Ales (dont une tourbée), une Hazy IPA Citra/Mosaic, et une Low Alcohol Pale Ale.

D : Et en plus, on sort 2 à 3 éphémères par mois. Pas de logique stricte de style : ça peut partir d’un dessert goûté, d’une envie soudaine ou d’une private joke de JDR. L’idée, c’est de garder un terrain de jeu créatif.

M :Les étiquettes aussi sont souvent nourries de nos campagnes JDR. Comme cette bière hommage à Charly, mort dévoré par un Mimique dans Donjons & Dragons.

Justement, comment se passe le processus créatif chez les alchimistes ?

M : C’est collectif. Si quelqu’un a une idée, on la met sur la table. Ça peut partir d’une envie soudaine — qui germe souvent à l’heure du déjeuner — et on la teste.

Pour les noms, c’est pareil. On adore sortir des idées absurdes, parfois totalement hors DA. Là encore, c’est l’équipe qui tranche. Ça donne une liberté énorme et ça nourrit l’énergie de la brasserie

D : Ce qui est important, c’est que chacun puisse s’amuser et amener sa patte. On ne veut pas d’une gamme figée où la créativité est bridée par la rentabilité. Ici, tout le monde a le droit de lancer une idée.

Bouteille et verre de bière artisanale Les Alchimistes Ivres, illustrés dans un univers inspiré du jeu de rôle et de la légende de Baba Yaga.
Brasseur de la brasserie Les Alchimistes Ivres versant des épices dans une cuve de brassage lors de la production d’une bière artisanale.

C’est quoi, le plus grand défi auquel vous avez été confronté ?

M : C’est clairement notre amateurisme. On n’avait pas de formation, ni en brasserie, ni en gestion. On a tout appris sur le tas. Ça crée des galères : des stocks insuffisants, des plannings impossibles, des rendez-vous bancaires improvisés… Mais on s’est adaptés. Le projet a pris une ampleur qu’on n’avait pas anticipée. On n’imaginait pas que ça marcherait aussi vite.

C’est quoi la suite ?

M : Notre prochain cap, c’est d’atteindre 800 hectos de capacité avec le nouveau matériel.

D : Mais le vrai objectif, c’est d’améliorer nos conditions de vie. Aujourd’hui, on veut des salaires plus confortables, pour nous comme pour nos salariés. On veut garder l’équilibre : une brasserie familiale, où on peut créer, vivre correctement et s’épanouir ensemble. Pas une course folle à la croissance.

Faire une brasserie, c’est comme avoir un enfant :
il n’y aura jamais de bon moment.

Verre et bouteille de bière artisanale Les Alchimistes Ivres servis à table, accompagnés d’un plat gastronomique pour un accord mets et bière.

Si vous deviez donner un conseil à ceux qui veulent se lancer ?

D : Déjà : ne pas se lancer seul. Tu ne peux pas être à la fois brasseur, commercial et gestionnaire.

M : Et avoir un concept. Se démarquer, assumer son univers.

D : Et surtout, ne pas attendre le “bon moment”. C’est comme pour avoir un enfant, il n’y en a jamais. Il faut tenter, c’est mieux que les regrets.

Retrouvez la brasserie Les Alchimistes Ivres

Brasserie Les Alchimistes Ivres
13 Rue de l’Avenir,
22250 Broons

Share This