Introduction
C’est à l’occasion du Festival Bouillon & Houblon organisé au Bazaar St So à Lille fin janvier 2024 que j’ai découvert Brasserie Chromatique. Les étiquettes vives et artistiques de leurs bouteilles ont tout de suite attiré mon attention et la dégustation de leur bière éphémère, la Stout « Calm the funk down Santa » a été un vrai coup de cœur.
Interview par Matteo Desii – Rédaction par Bérengère Flé
Salut Pierre, qui se cache derrière la Brasserie Chromatique ?
Pierre : Salut Matteo, nous sommes 3 associés. Thomas et moi-même nous nous sommes connus sur les bancs de nos études d’ingénieurs. J’ai eu une carrière d’ingénieur dans le bâtiment et Thomas, qui a été le dernier à nous rejoindre fin 2022, est ingénieur dans le R&D dans les tubes de forage pétrolier. Lucien est brasseur depuis 10 ans. Il a fait ses armes chez Angelus et brassait au sein de la microbrasserie les 3 brasseurs.
De gauche à droite : Pierre, Lucien et Thomas
Comment est née la brasserie ?
P : Le projet est né dans nos esprits juste après le Covid. Comme beaucoup de monde, après la pandémie, nous avons fait le point sur nos vies, sur ce qui importait, nous motivait. C’est lors d’une discussion un soir d’été 2021 que nous avons décidé de concrétiser notre projet et c’est ainsi qu’est née La Brasserie Chromatique.
Ayant tous des attaches sur la Côte d’Opale et ayant constaté qu’aucune bière craft n’existait ici, c’est tout naturellement que nous avons décidé de monter La Brasserie Chromatique sur ce territoire.
Le lancement officiel a eu lieu en février 2022. Nous venons de fêter nos 2 ans !
Pourquoi ce nom ?
P : Plusieurs raisons :
- Nous sommes implantés dans un territoire très traditionnel, où les blondes ont le vent en poupe. On se disait qu’il était dommage d’identifier une bière uniquement par sa couleur… nos premières bières sont justement trois blondes avec trois teintes identiques mais trois profils gustatifs très différents.
- Démocratiser ce qui avait été initié par d’autres brasseries artisanales c’est-à-dire qu’aujourd’hui il ne suffit plus de parler de couleur mais de parler de style, expliquer ce que la bière est. On veut faire sortir les gens de leur zone de confort, les pousser à essayer d’autres choses.
- C’est aussi un clin d’œil à Lucien et Thomas qui sont daltoniens !
Et le logo ?
P : On voulait quelque chose de simple, minimaliste et qui marque les esprits.
Le logo aussi une référence à la pochette de l’album « The Dark Side of the Moon » des Pink Floyd que nous aimons beaucoup.
La partie gauche du triangle, c’est la lumière blanche et la partie droite la diffraction de la couleur.
Et cela fonctionne aussi avec la bière à gauche et la diffraction à droite (eau malt houblon levure).
J’ai remarqué que vous produisez beaucoup d’éphémères, est-ce que tu dirais que c’est « risqué » de tenter toujours des nouvelles recettes ? Ou c’est nécessaire ?
P : Les éphémères permettent de voir ce qui fonctionne ou pas. Rater une éphémère c’est un peu moins risqué car les gens ont moins d’attentes que sur une bière qu’ils boivent régulièrement.
On teste, on s’amuse et on fait des collaborations mais cela a aussi un impact car le coût de fabrication est plus élevé qu’une bière classique (pour certaines éphémères, on peut aller jusqu’à doubler voire tripler les prix de fabrication). Les éphémères nous amusent et elles plaisent aux consommateurs. Faire une blonde, une triple, une IPA… c’est pas hyper intéressant : on veut pouvoir tester, expérimenter et s’éclater avec nos éphémères !
Est-ce que vous êtes la brasserie qui a le plus de variété sur les éphémères dans le Nord ?
P : Je vais te répondre oui mais attention je vais restreindre à la Côte d’Opale. On est très attentifs à rester hyper humble face à la situation aujourd’hui. On se considère encore comme des petits jeunes et on garde toujours en tête l’objectif de faire des bières très qualitatives comme les brasseries que l’on admire.
Quelles sont vos références dans le milieu ? Qui vous inspire ?
P: Brasserie Cambier est une des brasseries que l’on admire le plus en termes de qualité, maitrise produit et d’exemple à suivre. C’est une brasserie qui nous fait vibrer.
Il y a aussi la Brasserie Fauve et puis la Brasserie les intenables. Ils ont à peine 4 ans d’existence et ils sont déjà nationalement reconnus. Ce sont de monstres comparé à notre niveau !
En 2023 vous avez fait le choix d’utiliser l’IA. Tu nous en parle ?
P : Oui, l’IA, mais pas que. Pour le démarrage de Brasserie Chromatique, nous avons travaillé avec une illustratrice qui a fait la charte graphique et 5 étiquettes.
En 2022 avec nous avons collaboré avec deux artistes locaux (1 boulonnais et 1 béthunois).
En 2023 nous étions sur un rythme de création intensive et nous ne disposions pas des moyens financiers nécessaires pour rémunérer systématiquement un artiste donc nous avons alterné avec l’IA. Passer par l’IA nous a permis de pouvoir respecter notre cadence de production et de produire nos bières éphémères mensuelles sans mettre en difficulté financière la brasserie.
Pour 2024, nous allons travailler toute l’année avec le même artiste qu’en 2022, Ludwig. Nous avions adoré ses illustrations sur la Melon Musk !
Il nous importe de rémunérer correctement les artistes. Nous avons conscience du coût de la prestation, du coût d’une illustration, du travail que cela demande, il faut respecter cela.
On veut faire marcher les artistes locaux, collaborer avec des artistes pour leur laisse carte blanche, nous étonner. C’est essentiel que l’on soit dans l’amusement mutuel.
Un mot avec Ludwig, illustrateur boulonnais
M : Salut Ludwig, comment s’est passé la collaboration avec la Brasserie Chromatique ?
L : Salut ! C’était une super expérience ! Pierre m’a permis de travailler en pleine liberté, on se connaissait déjà depuis notre dernière collaboration et cette fois aussi les échanges ont été très fluides et constructifs. Il a eu l’idée du thème Dark Souls et des couleurs principales, mais à part ça, j’avais carte blanche.
M : Tu peux nous expliquer les références qui se cachent derrière ces étiquettes ?
L : Oui, il s’agit de l’univers de Dark Souls et Elden ring (From Software), personnellement je n’ai pas joué à la saga, mais je suis passionné de jeux-vidéos donc j’ai tout de suite adoré le concept ! C’est très cool de pouvoir travailler sur un thème qui ne me parle pas uniquement au niveau pro, mais aussi perso. Je me suis bien éclaté !
Praise
the Sun
Gose Abricot Romarin
Référence au PNJ Solaire d’Astora, devenu un meme sur internet pour sa célebre phrase « Praise the Sun ».
Jaune comme le soleil et l’abricot, une petite bière sympa pour l’apéro.
Attention chien méchant
Double IPA
Référence à Sif, un gros toutou énervé qui dans Dark Souls protège l’épée de son maitre déchu.
Bleu comme le ciel étoilé du combat contre Sif, une bien bière forte.
Gros
Ficus
West coast IPA
Référence à l’emblématique arbre d’Elden Ring, à cause de ses notes résineuses.
Vert comme l’arbre et les agrumes, une bière à l’amertume prononcée.
Quel est l’intérêt de faire appel à un illustrateur ?
L : A mon avis il y a une vraie plus value et je pense que ça fait forcément la différence lors de l’achat. On donne au consommateur un indice sur le style de bière qui se cache derrière l’image et on raconte une histoire pour les emmener ailleurs.
Merci à Pierre et à Ludwig pour cet interview et rendez-vous dans 2 semaines pour la prochaine !
Retrouvez la Brasserie Chromatique
Brasserie Chromatique
50 bis Bd de la Liane Cellule 2,
62360 Saint-Léonard
